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Gérer le stress de l'organisation d'un premier road trip, pas toujours facile

Laure M. - 23-07-2019

Voyager seule, à pied, en vélo, en car, en train, dans un esprit communautaire. C'est un projet que j'avais en tête depuis mes 15 ans, au moins. Mais il y a quelques problèmes, dont un principal : je suis une fille. L'autostop, qui pour moi est le moyen rêvé pour ce type de projet, est hors de question. J'encouragerais toujours une fille, une femme, à se lancer, si elle est au courant des risques et qu'elle est prête à tenter. Je suis contre la culture de la peur. Mais malheureusement, en ce qui me concerne, je suis en plein dedans. Je ne peux pas. L'accueil chez l'habitant, aussi, serait un idéal, que je recherche. Rencontrer, même au hasard, des gens prêts à accueillir des voyageurs chez eux, le temps d'une soirée, d'une nuit. Le rêve. Mais même problème. La sécurité. Je ne peux m'empêcher d'avoir les statistiques et les témoignages de mes proches qui me reviennent en tête, malgré mon envie de confiance. Donc j'oublie ce rêve. Je fais des compromis. J'ose pour la première fois partir à pied pendant 5 jours à 18 ans, et avec un ami. Nous dormons sous tente et faisons occasionnellement du stop. Le voyage est là, sans pollution, avec la communauté dans la route parcourue, mais quand même, paradoxalement, plus solitaire que le voyage seule dont je rêvais. Mais au moins je vois que je suis capable de faire la démarche pour un voyage dont le but est le trajet, et non pas uniquement la destination. C'est un début.

Je garde tout ce temps ce projet de road trip dans un coin de ma tête, en me disant que peut-être, dans quelques années, je pourrai tenter, quand j'aurai plus de contacts dans différentes villes, des connaissances lointaines que j'apprendrais à mieux connaitre en créant un réseau d'accueil où chacun peut se porter garant d'un autre. Et là, l'année de mes 19 ans, je tombe sur le partage d'un article par un de mes amis qui lui vit tout le temps, depuis des années, par ce système, se déplaçant autour du globe, rencontrant toutes sortes de personnes, créant des projets, les menant à bien, puis repartant. Il est conscient que la majorité des femmes qui veulent voyager n'ose même pas tenter le dixième de ce qu'il entreprend à cause des risques qu'elles encourent simplement en étant des femmes. Il ne juge jamais qui que ce soit pour ça, au contraire. Il fait connaitre ainsi, à tous ses contacts, La Voyageuse.

C'est une révélation pour moi. Oui, ça fait un peu dramatique, mais ça m'a vraiment fait cet effet-là. Depuis un moment j'imaginais quelque chose de plus précis que juste une idée vague, qu'un rêve de road trip. Après une année scolaire plus que compliquée, j'avais commencé à planifier un voyage dans le Sud de la France, en comptant sur mes contacts dans le monde de la musique, qui vivent un peu partout en France. Je me dis que je peux chercher à loger chez eux, comme je le ferais pour eux, que c'est mieux que rien, que ça se rapproche de mon projet d'origine et que ça peut être différent de la rencontre de l'accueil, mais formidable quand même. Mais beaucoup ont déménagé, les choses se sont compliquées, et le projet a commencé à tomber à l'eau. Jusqu'à la découverte de cet article. Et là, c'est le branle-bas de combat. L'été approchait déjà à grand pas, sans beaucoup de moments possibles pour ce projet. Je cherche à voyager le plus possible en vélo, le stop n'étant pas possible et le car et le train très impersonnels. Quitte à être seule, autant profiter d'une plus jolie route, et sans polluer. En plus l'idée de pédaler le long du Canal du Midi me plait bien. Toujours cette idée : que le trajet soit une activité, un événement à part entière.

Mais le temps manque, et j'organise ça seule, un peu paniquée à l'idée de me retrouver seule un soir, sans nulle part où dormir, et temporairement, l'envie profonde de rencontres est masquée par ce sentiment de nécessité de sécurité et d'assurance. Je m'inscris sur le site, regarde les villes, les profils des hébergeuses, passionnée. Je retrouve cet entrain à les rencontrer. Mais la panique reste forte. Tout ces années à angoisser à l'idée de ne jamais pouvoir faire ces voyages, ou juste des différentes situations à problèmes que je pourrais rencontrer rendent ma recherche d'hébergement fébrile ; je fais mes calculs de dates, de kilomètres, d'heures à pédaler. Chacune des personnes à qui j'écris, je sais que je souhaite vraiment les rencontrer et que je choisis vraiment cette solution pour cet esprit de communauté tant recherché. Mais je me rends compte assez vite que je cherche tant à être sûre d'être sous un toit chaque nuit que cette envie de rencontre ne parait pas beaucoup dans ma démarche, les messages s'enchaînent pour couvrir toutes les dates, même si je n'écris quand même qu'à une personne par nuit, voire maximum deux pour les régions isolées.

Je ne sais pas si c'est normal. Ce que je sais, c'est que je suis habitée par ce rêve depuis très, très longtemps, que les valeurs qui y sont associées sont ancrées en moi, et que pourtant, le besoin de sûreté, nourri par l'impression d'urgence et les contraintes d'une partie du trajet à vélo, et de la location de celui-ci, a réussi à teinter ma démarche d'une note d'impersonnalité, du moins en apparence. Donc si vous avez l'impression que c'est votre cas, sachez que vous n'êtes pas seule. Rectifiez le tir après coup si vous en sentez la nécessité, et tentez de vous souvenir des raisons initiales pour lesquelles vous êtes ici. Je n'ai pas encore fini d'organiser ce voyage, mais à la fin de l'écriture de cet article, je me sens au moins un peu plus sereine, car mon cheminement de pensée m’apparaît noir sur blanc : je rêvais d'une chose, j'y tiens, je peux l'accomplir, tout est nouveau, j'ai peur. Et je cherche à combler cette peur. Mais la peur ne modifie pas le rêve. Et avant même de partir, je sais que je veux encore remercier La Voyageuse d'exister, et les hébergeuses d'être là. Je me réjouis de vous rencontrer. Laure M.

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